/// Ali Chahrour ///



Ali Chahrour, danseur et chorégraphe libanais basé à Beyrouth, a fait sensation au dernier festival d’Avignon avec Fatmeh et Leila se meurt (au festival C’est comme ça ! 2015), deux spectacles qui puisent au cœur de la mémoire collective arabe. “Attrait pour le réel, besoin de raconter sa vie et ses combats, passion pour les grandes figures féminines auréolent ses spectacles d’urgence et de nécessité”, écrivait alors Rosita Boisseau dans Télérama. Dans un contexte social, politique et religieux où le corps est souvent objet de censure, Ali Chahrour s’attaque aujourd’hui au parangon de la masculinité, et des attributs de supériorité qu’on lui assigne. Avec deux danseurs, deux musiciens et un chanteur, il s’inspire de rituels de deuil, où les femmes sont habituellement dévolues à l’expression des lamentations. L’émotion et la part de fragilité qu’elle dévoile seraient-elles étrangères au règne du mâle ? Revisitant des traditions solidement ancrées dans le monde arabe, Ali Chahrour s’appuie en outre sur un rituel de passage à l’âge adulte, réservé aux garçons, dont une communauté tribale d’Afrique du Sud, qui fut décimée par la colonisation, avait le secret. Des images prégnantes, portées à incandescence par une scansion rythmique qui libère le corps de ses entraves.


Ali Chahrour

Formé à partir de 2008 à l’Institut national des Beaux-Arts de Beyrouth, Ali Chahrour y a suivi le cours de “danse dramatique”, seul enseignement chorégraphique existant au sein de l’Université au Liban. Son professeur, Omar Rajeh, chorégraphe de premier plan au Liban, l’engage ensuite dans la compagnie Maqamat qu’il a fondée en 2002. Ali Chahrour crée son premier duo en 2011, On the Lips Snow, puis l’année suivante Danas, un spectacle sur “la violence quotidienne dont le corps est l’objet”. Refusant les compromis, il revendique alors sa propre esthétique : “pour moi, la question de la création est devenue inséparable du contexte dans lequel elle s’exerce”, disait-il dans un entretien pour le festival d’Avignon. “Comment une danse construite à partir de techniques occidentales, qui a oublié les grands récits du monde arabe, peut-elle entrer en relation avec nos références corporelles ?”