/// Latifa Laâbissi ///



Aujourd’hui, à un moment où notre monde cède tragiquement à la tentation de revendiquer des identités figées, assignées, stabilisées, il s’est noué en moi un irrésistible désir, une urgence à imaginer une résistance en mouvement, une danse, une polyphonie qui incorpore les images passées pour restituer du présent composite, hétérogène, une danse comme une fascinante anthropologie de signes. Les danseurs, performeurs, figures ou actants partagent une condition instable où les aspects humains et non-humains se trouvent inextricablement emmêlés : des figures en devenir. Ils tordent des gestes, radicalisent les signes, les enchantent, les raptent, les échangent contre d’autres, ils hybrident tout ce qu’ils touchent et non sans humour ils pulvérisent la ghettoïsation identitaire, avec comme devise le pouvoir du rire et la puissance du grotesque.


Latifa Laâbissi
Mêlant les genres, redéfinissant les formats, les créations de Latifa Laâbissi font entrer sur scène un hors-champ multiple où se découpent des figures et des voix. La mise en jeu de la voix et du visage comme véhicule d'états minoritaires devient indissociable de l’acte dansé dans Self portrait camouflage (2006) et Loredreamsong (2010). Poursuivant sa réflexion autour de l’archive, elle crée Ecran somnambule et La part du rite (2012) autour de la danse allemande des années 20. Sa dernière création, Pourvu qu’on ait l’ivresse (2016), co-signée avec la scénographe Nadia Lauro, produit des visions, des paysages, des images où se côtoient l’excès, le monstrueux, le beau, l’aléatoire, le comique et l’effroi. Depuis 2011, Latifa Laâbissi assure la direction artistique d’Extension sauvage, programme artistique et pédagogique en milieu rural (Bretagne). Jusqu’en 2019, Latifa Laâbissi est artiste associée au CCN2 – Centre Chorégraphique National de Grenoble et au Triangle – Cité de la danse de Rennes.